Si Aramon m’était conté…

Lyon nous l’avait accaparé pendant de nombreuses années mais il avait conservé l’âme de son village vers lequel il revenait régulièrement. En témoigne cette jolie fresque historique à laquelle se mêlent tendresse, amour et nostalgie pour « son Aramon ». 

ODE POUR ARAMON
par René GIRARD (1994) , fils de jean et Henriette GIRARD, cordonnier Place des Fours

Aramon,

Je m’en vais et ne te dis qu’au revoir !
Je reviendrai goûter la paix de tes matins, la clarté de tes soirs.
Je reviendrai rêver le soir sur la colline,
Au pied du calvaire, à l’heure où la lune s’incline.

Pour le transformer en un long ruban d’argent
Et lui faire écouter les mille chansons du vent,
Je reviendrai, vois-tu, car l’oiseau qui s’enfuit
Revient toujours se blottir au creux de son nid.

Souviens-toi, Aramon, d’un matin au pied de la colline,
A l’heure où le soleil sur le Rhône domine
Les Celtes, venus du nord, débarquèrent joyeux
Et furent éblouis par ton site merveilleux.

Alors sur un autel dédié à leurs dieux,
Humant le thym et la lavande, ils allumèrent un feu
Et pour fêter leur conquête ils chantèrent et se mirent à boire,
Ainsi commença ta longue et belle histoire.

Tu fus le paradis des Volques  Arécomiques
Dont il me semble encore entendre la musique
A travers les chants de tes « pégoulades » endiablées,
Dont le souvenir m’est toujours resté.

Mais un triste matin d’été, tu vis de Rome arriver les légions,
Et bien que décidé à leur faire payer cher ta liberté,
Tu sus les apprivoiser et profiter de leur civilisation
Tout en gardant tes coutumes, ta joie, ta dignité.

Une fois de plus l’histoire ouvrit ta porte,
Le vieux château construit sur une place forte romaine
Vit arriver un soir, à la lueur des torches, avec escorte,
La princesse de l’amour : Diane de Poitiers, telle une souveraine.

Les papes, par la suite, habitèrent Avignon,
Et les cardinaux, toujours férus de beauté,
découvrirent le charme de la cité,
Si bien que de chefs-d’œuvre ils couvrirent Aramon.

Un oberleutnant, un jour, sur la colline, occupa la chapelle
Il croyait, sans doute, y rester pour l’éternité
Mais en Août 1944, quand souffla le Mistral de la liberté,
Ce descendant des Volkes, seigneur de la luftwaffe, s’enfuit à tire d’aile.

Puis vinrent les champions de la pharmacopée,
Les faiseurs de barrage et leur électricité.
Souris leur et dis leur ta fierté
De t’avoir redonné jeunesse et prospérité.

Enfin, je voudrais fêter ceux qui, attachés à la terre pour l’éternité,
Ont su, grâce au soleil et à la fertilité,
Elever cette vigne qui donne un vin rouge comme le sang,
Ce sang de la terre que nos vignerons boivent à pleine « Coupo santo » en chantant.

Aramon, de tout mon coeur, de tout mon être,
J’ai fait ces humbles vers un soir sur ta colline
A l’heure où le soleil sur le Rhône décline
Pour lui donner un baiser de feu et lui conter la terre qui me vit naître.

Cette terre où je reviendrai jusqu’à la fin de ma vie
Pour te revoir, Aramon, ne serait-ce qu’un jour, ne serait-ce qu’une nuit,
Afin de savourer comme un bienheureux
Les joies de ce pays où vécurent mes aïeux.

René Girard  – 1994


La nostalgie d’un passé pas si lointain, où la nature et les paysages contribuaient à une certaine douceur de vivre Aramonaise, c’est la traduction tout en nuances que ce joli poème restitue avec simplicité.

 

LE SILENCE DES PIERRES

Le Rhône avait déjà son passé
Quand pierre par pierre émergeait
Aramon, dominé par son château,
Défiant crues et basses eaux.

Sur ses berges alluvionnaires,
Entrecoupées de lônes et d’îlots,
Riches d’une végétation ripuaire
Nichaient gibiers et passereaux.

En eaux basses ou plus profondes
Se cachait une faune fluviale féconde,
Où ablettes, alevins et gardons panachés
Étaient la proie des carnassiers.

Dans ce milieu naturel et sauvage
Abondaient les touffes d’osiers ;
L’Aramonais en apprit le tressage
Pour la confection de nasses et paniers.

Dans ces couffes soigneusement immergées,
Anguilles et boirons naïvement se glissaient.
Les carrelets installés au bord de l’eau
Piégeaient menu fretin, aloses, et barbeaux.

En parfaite harmonie avec la ripisylve
Barquets et « nègo-chin » clapotaient près de la rive.
Hormis des souvenirs parfois estompés,
Que reste-t-il de nos jeunes années ?

De cette végétation le printemps venu
A ces plagettes de sable, l’été revenu ?
De ces feuillages mordorés,  l’automne advenu,
A ces paysages dénudés, l’hiver parvenu ?

Un témoin en pierre à l’alignement muet :
Notre belle promenade le long du quai !

Gaby Verger


Par le passé, un certain nombre d’œuvres ont déjà été produites par des auteurs nés ou ayant vécu dans notre village, comme l’Abbé Vallat ou Eugène Lacroix.
Récemment, Aramon a été mis plus modestement à l’honneur par d’autres auteurs du cru, à travers des contes, des nouvelles ou des poèmes. Ce sont tous ces écrits que nous soumettons aujourd’hui à votre lecture.

Mais d’autres auteurs , méconnus, sont peut-être présents dans le village. Pour peu qu’ils aient écrit sur Aramon et s’ils souhaitent voir paraître leurs œuvres, même les plus modestes, nous les invitons à contacter la Bibliothèque Pour Tous. 

 

LE VILLAGE OU L’ON NAÎT  

Balloté bien souvent par un violent Mistral,
Au pied du mont Couvin il s’étale et paresse,
Se mirant fièrement dans le Rhône ancestral
Que ses flots, en passant, nonchalamment caressent. 

Aramon, ma patrie, ma maison, mon village,
Les souvenirs d’enfant dans mon esprit foisonnent
De courses dans les rues de tout le voisinage,
Ou des bains interdits dans l’eau froide du Rhône.

Le soir à la veillée, l’été, dans les rues sombres,
Sur le pas de leur porte les vieux prenaient le frais,
Devisant en patois, tapis dans la pénombre,
Patois que je peinais encore à déchiffrer.

Septembre me donnait mille joies explosives.
La vote, la rentrée étaient moments de grâce,
Mêlant tous les plaisirs de la fête votive,
L’odeur des livres neufs et des cahiers de classe.

D’aucuns ont préféré les attraits de la ville,
Mais le lieu où l’on nait laisse toujours la trace,
Même après tant d’années, même après quelque exil ;
Et ceux qui l’ont quitté, reviennent, quoi qu’ils fassent.

C’est là que je suis né, c’est là que j’ai grandi,
C’est là que j’ai vécu les joies de mon enfance,
C’est là que j’ai connu quelques jeux interdits,
Et là je finirai, je crois, mon existence.


Roger DUBAY

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